Jerome Robbins

28/10/2023

Jerome Robbins fusionne le genre de la danse classique et celui de la comédie musicale, en trois œuvres présentées par le Ballet de l'Opéra de Paris. En effet, l’exceptionnel Jerome Robbins, a eu toujours eu un pied au New York City Ballet et l'autre à Broadway. En ce moment à l'opéra Garnier, les étoiles et autres danseurs donnent corps à En Sol, In The Night et The Concert.



Jerome Robbins - In the Night, Svetlana Loboff pour l'OnP
Jerome Robbins - In the Night, Svetlana Loboff pour l'OnP

Dans des sonorités jazzy de Ravel, En Sol rappelle les comédies musicales de Broadway, tandis que The Concert et In The Night, dansées sur du Chopin, appartiennent à un registre plus classique. A bien des égards, ces deux styles pourtant si différents figurent tous deux dans la palette du chorégraphe américain qui a su coordonner légèreté et exigence. 


Who was Jerome Robbins ? 

Figure majeure du néo-classicisme américain, Jerome Robbins était un chorégraphe américain visionnaire et très exigeant. Aussi performant avec les danseurs étoiles au New York City Ballet, qu'avec les stars de la comédie musicale à Broadway, Jerome Robbins est un artiste moderne mais dont on ne peut oublier le classicisme. Aujourd'hui, nous comptons près de vingt œuvres du chorégraphe très polyvalent dans le répertoire du Ballet de l'Opéra. 

"Chaque ballet est un rite puissant qui évoque une réponse face à la vie qui ne peut être exprimée par des mots, mais qui est comprise uniquement grâce à des séquences de mouvements. Un ballet est un rituel d'exorcisme : il s'accomplit par la magie du mouvement"

Jerome Robbins


A l'âgé de seize ans seulement, il déclare dans une rédaction d'anglais : "en parlant d'art, je ne pense pas uniquement au dessin. Je pense à la musique, au théâtre, à la littérature, à la danse, aux travaux manuels et à la peinture. Après avoir décrit ses réalisations, il conclut avec maturité : 

" Ces activités me procurent la même satisfaction qu'un bon repas. Je peux contempler une belle ligne pendant des heures, apprenant chacune de ses courbes, chacun de ses arcs"

Jerome Robbins âgé de seulement seize ans dans une rédaction d'anglais

Deux ans plus tard, en 1936, il décide de se consacrer entièrement à la danse. Néanmoins, durant toute sa vie, il su garder une curiosité pour l'ensemble des arts. 

Issus de parents immigrés juifs russes, "Jerry" et sa sœur Sonia, bénéficient de nombreuses opportunités que ses parents n'ont pas eus. En effet, pendant leur enfance, les deux enfants prenaient des cours de musique et de danse. Cependant, lorsque Jerome Robbins annonce à ses parents qu'il ne veut pas travailler à leurs côtés pour la Comfort Corset Company de Jersey City, ces derniers n'offrent à Jerome qu'une maigre pension de cinq dollars pendant un an.  

Loin d'être malchanceux, Jerome Robbins était très soutenu par ses professeurs et de nombreuses circonstances favorables s'offrirent à lui. Il débute en tant que danseur professionnel chez Gluck Sandor et Felia Sorel, et donne son premier spectacle professionnel là bas. En 1944, il chorégraphie son premier ballet, Fancy Free, qui fut un succès immédiat et qui le conduisit directement à Broadway. Il danse au Ballet Theater, et est engagé au New York City Ballet par Balanchine avant de créer sa propre compagnie, les Ballets USA. Parallèlement il chorégraphie trois comédies musicales qui marqueront leur époque dont West Side Story, qui révolutionna le genre de la comédie musicale : désormais une comédie musicale pouvait raconter une histoire tragique et la danse pouvait révéler des personnages et une intrigue, et Fiddler On The Roof qui a permis à Jerome Robbins de partir à la recherche de ses racines culturelles et de recréer le petit "shtetl" (un petit village juif en Europe de l'Est) ou était né son père. Avec son cher Balanchine il organise de nombreux festivals (Festivals Stravinsky, Ravel, Tchaïkovski), et à sa mort, Jerome Robbins reprend la direction du New York City Ballet avec Peter Martins. Très exigeant, Jerome Robbins est venu à l'Opéra de Paris à des nombreuses reprises et en donnant des instructions bien précises, pour l'entrée de ses ballets au répertoire du Ballet de l'Opéra. 


Jerome Robbins
Jerome Robbins


En Sol

Ravel naît les pieds dans l'eau, près de Biarritz et des acacias. En effet, il composa notamment Une barque sur l'océan ou des Jeux d'eau. Ses morceaux sont légers, pesés et pudiques. Jean Cocteau écrit : "Ravel miroite gravement de mille feux déformés par l'eau". 

Quant à lui, Jerome Robbins se baigne chaque été dans les eaux des montagnes Kittatinny dans le New Jersey, et lorsqu'il chorégraphie à Camp Tamiment, il fait des pauses pour aller nager dans le lac et bronzer. En 1983, il envoie une carte postale à Lincoln Kirstein, fondateur du New York City Ballet, représentant Une baignade à Asnières de Seurat, et il écrit "J'adore cette peinture, je suis dedans !". 

Une baignade à Asnières de Georges Seurat
Une baignade à Asnières de Georges Seurat

Sur le Concerto en sol de Ravel, Jerome Robbins chorégraphie En Sol (In G). Erté annonce la couleur avec un fond de vagues, un grand soleil, des danseurs en maillot de bain coloré, autant d'éléments qui semblent tout droit venus d'un dessin-animé. 

Mais qui est Erté au juste ? Romain de Tirtoff, Erté ou encore R.T, était un peintre, décorateur et dessinateur russe, à l'origine inconnu mais qui finit par faire les premières de couverture du Harper's Bazar et de Vogue. Il voyage à Paris, New York, Londres etc, pour signer des contrats. Cet artiste parti de rien créa la mode de 1925; invente ou du moins capte le mythe des "Rugissantes Années Vingt" et habille les héroïnes de Fitzgerald. 

Voici quelques maquettes de costumes d'Erté 

Sur la partition de Ravel qui nous emmène a la plage, à côté des vagues et des enfants qui jouent, Jerome Robbins ajoute des arabesques, des pirouettes, des sauts : il est question de s'amuser mais pas de faire n'importe quoi ! Parmi les douze danseurs en maillot de bain multicolore, deux danseurs-étoiles, ou plutôt nageurs-étoiles, s'élancent l'un envers l'autre avec grâce et dans des grands mouvements. La nuit tombe, le soleil se lève et le couple réuni est célébré par la foule en maillot de bain strié !

Svetlana Loboff pour l'OnP
Svetlana Loboff pour l'OnP

Voilà un extrait de ce ballet ensoleillé ! 


In the Night 

"J'aime la musique de Chopin et, en réfléchissant bien, je crois qu'elle m'a hanté toute ma vie"

Jerome Robbins

"Le désir de la délivrer [la musique de Chopin] des lieux communs, j'espère en révéler les profondeurs insoupçonnées, l'émotion sous-jacente et la surprenante invention" c'est ce qu'affirme Jerome Robbins au sujet de la musique de Chopin dont il va tant utiliser. En effet, il chorégraphie sur la musique de Chopin The Concert en 1956 et Dances at a Gathering en 1969 pour marquer son retour au New York City Ballet après dix ans d'absence, puis In The Night en 1970 et Other Dances en 1976. 

Comme le dit Olivier Bellamy dans le Dictionnaire amoureux de Chopin paru en 2021, les Nocturnes de Chopin sont une "épopée de l'intime". L'opus 27 est un duo : la première partie en ut dièse (retenez le bien...) donne l'impression de s'enfoncer dans les sables mouvants, alors que la deuxième partie en ré bémol (non mais il se moque de nous là Chocho) est un combat ou l'on tente de garder la tête à l'air libre ! Quant à lui, l'opus 55 est composé d'une première partie mélancolique, en fa mineur et qui nous donne envie de valser, tandis que la deuxième partie en mi bémol majeur commence par un trille qui semble consolé de la profonde douleur de la première partie. 

(Ré)écoutez ces grands classiques qui ne pourront vous faire que du bien !!!

In the Night met en scène l'évolution des relations amoureuses avec trois couples, chacun habillés d'une couleur bien distincte. Le couple habillé en mauve représente les premiers émois ; le deuxième en brun incarne la complicité ; et le dernier en gris dépeint la passion avec ses différends et remous. Les couples s'enchaînent avec mélancolie et finissent par se retrouver, chacun contemplant son passé, présent ou futur, le tout sous un ciel étoilé. 

Regardez un extrait de ce magnifique ballet qui nous laisse aller à la rêverie...


The Concert, Ou les malheurs de chacun

Après la création de The Concert, Jerome Robbins remarque : "Certains critiques, surtout les Polonais, ont estimé que j'avais manqué d'égards envers la musique de Chopin. D'autres, au contraire, ont comparé mon approche à un "acte de piété"". En créant une œuvre comique, le compositeur a voulu rendre ses lettres de noblesse au compositeur. Le public des années 1950 est peu habitué à voir des ballets comiques et a donc pu avoir du mal à saisir le message. En effet, The Concert est l'une des seules œuvres, avec La Fille mal gardée de Jean Dauberval (1789) et La Mégère de John Cranko (1969), à faire rimer danse et rire. 

The Concert est donc un ballet comique, comme on en trouve rarement, où se retrouvent des personnages tels que la garçon timide, la fille rêveuse, la femme en colère, l'amateur de musique, le mari volage et sa femme etc. Chacun se distingue par divers accessoires. Les sketchs sont brefs et expressifs et tout le long de la danse, les personnages tournent autour d'un récital de piano. 

Quelques années après sa création, le chorégraphe révise son ballet et ajoute notamment un tableau de Saul Steinberg comme arrière-plan. Ainsi, le côté "dessin-animé" du ballet est accentué et un clin d'œil est fait à de Saul Steinberg dont les dessins sont publiés dans The New Yorker. 

Toile de fond réalisée par Saul Steinberg pour le ballet The Concert de Jerome Robbins
Toile de fond réalisée par Saul Steinberg pour le ballet The Concert de Jerome Robbins
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