Madame Butterfly
Pour célébrer le centenaire de la mort de Puccini, l'Opéra national de Paris présente Madame Butterfly, opéra en deux actes dont le message trouve encore des échos. Au sein d'une mise en scène neutre et imprégnée du minimalisme du théâtre japonais nô*, la "tragedia giapponese in due atti" (tragédie japonaise en deux actes) reprend le thème classique de le femme séduite et abandonnée.
* le théâtre nô est d'origine japonaise et est l'une des plus anciennes formes vivantes de théâtre au monde. Les pièces de théâtre nô sont caractérisées par les masques et kimonos, la musique (jouée par le hayashi, groupe de musique de théâtre nô), la danse et les accessoires (tsukurimono: simples objets fabriqués à la main).

Madame Butterfly est une geisha de quinze ans qui délaisse sa culture japonaise car séduite par un officier américain, Pinkerton. Amoureuse et délicate, Madame Butterfly, de son vrai nom Cio-Cio-San, s'adonne à Pinkerton qui fait d’infinies promesses et finit, sans surprise, par l'abandonner pour l'Amérique.
La mise en scène est certes modeste mais sublime cet opéra au lyrisme ardent.
Tandis qu'une lecture de 1904, année de la première représentation de Madame Butterfly, louerait le génie de Puccini, une vision moderne de cet opéra nous inviterait a adopter un regard plus critique sur la situation. En effet, il s'agit d'un homme d’un certain âge américain et de pouvoir au Japon qui désire se marier avec une fille japonaise de quinze ans qui le "fascine". S'étant convertie au christianisme, ayant délaissé sa famille et ses traditions pour cet homme américain, la geisha encore mineure est alors bannie de la société japonaise.
Mais la brutalité du lamentable Pinkerton ne s'arrête pas à cela. Pour il va rentrer aux Etats-Unis, sans Madame Butterfly bien entendu, et laisse à cette dernière un enfant. Madame Butterfly, aussi délicate que les ailes d'un papillon, élève seule leur enfant avec une servante, attendant pathétiquement le retour de son amant. Quant à Pinkerton, il a refait sa vie et décide de se rendre au Japon avec sa nouvelle compagne. Il charge alors le consul d'avertir Cio-Cio-San de sa venue ainsi que de celle de son épouse. Transportée de joie en apprenant le retour de Pinkerton, Madame Butterfly ne laisse pas le consul terminer et ignore alors que l'horrible Pinkerton s'est remarié. Profondément fidèle, contrairement à l'homme qu'elle aime aveuglément, Madame Butterfly refuse même la main d'un riche prince japonais, Yamadori.
À la tombée de la nuit, un coup de canon annonce l'arrivée du bateau de Pinkerton. Folle de joie, Cio‑Cio‑San décore la maison de fleurs et attend toute la nuit sa venue.
En compagnie de son épouse américaine, Pinkerton se présente le lendemain chez Cio‑Cio‑San pour lui demander son enfant, mais il évite toute rencontre avec elle. Seules, ses deux épouses se retrouvent face à face. Réalisant enfin la situation, Cio‑Cio‑San se suicide.

Jusqu'au 25 octobre à l'Opéra Bastille, les musiciens sous la direction de la magnifique cheffe d'orchestre Speranza Scappucci, les chanteuses.rs ainsi que le cœur refont vivre cet opéra au lyrisme ardent. C'est de façon absolument fabuleuse qu'interprète Elena Stikhina Madame Butterfly, et Stefan Pop Pinkerton.
Robert Wilson, le metteur en scène, a montré Madame Butterfly n’appelle pas forcément à un mise en scène grandiose pour être qualifié de tel. Les personnages défilent à petits pas serrés, des ombres chinoises passent et les chanteurs sont figés dans des attitudes de poupées de porcelaine. Parfois l'écran ne reste pas blanc, se farde de couleurs pastel, s'assombrit de bleu nuit ou s'ensanglante de rouge violent, notamment lorsque Cio-Cio-San renie et est reniée par sa famille, par exemple.
Cet exemple cocasse de sushi sauce bolognaise illustre le caractère ambivalent de Madame Butterfly
Et à ne passez surtout pas à côté de l’onirique et célèbre air "coro a bocca chiusa" !!!