Mark Rothko
La Fondation Louis Vuitton organise la première rétrospective depuis 1999 sur Mark Rothko. Avec près de 115 œuvres, cette exposition est la plus grande au monde jamais consacrée au peintre américain. Plongez dans l'univers de Mark Rothko, à travers un parcours crescendo en émotion jusqu'au 2 avril 2024 !!

24 ans après la première rétrospective Mark Rothko au musée d'art moderne de Paris en 1999, Suzanne Pagé et Christopher Rothko (petit fils de Mark Rothko) réitère cette expérience qui connait un énorme succès ! L'exposition consacre un salle entière aux débuts du peintre (portraits et métro), puis de nombreuses salles aux rayures colorées dont il fera sa signature.
L'exposition réunit de manière exceptionnelle près de 115 œuvres, venues d'horizons divers. La Fondation Louis Vuitton réunit des œuvres des plus grandes collections venant de la National Gallery of Art de Washington, de la Tate de Londres et de la Phillips Collection de Washington, et de collections privées internationales dont celle de la famille de l'artiste.
« Je suis devenu peintre car je voulais élever la peinture au même degré d'intensité que la musique et la poésie. »
Mark Rothko (1903-1970)

L'artiste américain développe dès ses débuts, la peinture figurative (la peinture figurative vise à la représentation du réel) en exploitant les figures humaines. Les personnages ne se distinguent pas les uns des autres : les visages des êtres de papier sont dépourvus de toute émotion, ils sont représentés de façon archaïque et dans un environnement urbain. Mark Rothko chercher constamment à simplifier ses personnages, en réduisant sa palette de couleurs et en réduisant le nombre de forme.
En 1930 il estime qu'il échoue à la représentation de la figure humaine. Il abandonne alors la peinture et se met à écrire un texte théorique sur la peinture : The Artist's Reality.
Plusieurs peintures réunies sous le nom de Subway Paintings ont pour fond le métro new-yorkais. C'est l'architecture qui est mise en avant : les quais, rampes, colonnes etc, contrastent avec la plateforme. Les figures humaines, ou du moins ce qui s'apparente à des corps, se confondent avec la masse grise et morose. Ces tableaux procurent un sentiment d'anxiété et d'oppression.


En avançant dans la première galerie, nous sommes plongés dans la mythologique. En effet, en 1940, Mark Rothko reprend la peinture avec ses amis. Ils veulent aboutir à la création d'un "mythe contemporain". En plein Guerre Mondiale, il fait référence aux mythologies et tente ainsi de créer un langage universel en réponse à l'extrême violence.
"J'appartiens à une génération qui s'intéressait beaucoup à la figure humaine. Celle-ci ne convenait pas à mes besoins. Quiconque l'employait, la mutilait"
Mark Rothko
Ses peintures sont remplies d'éléments qui semblent biomorphiques (se rapportant à la figure humaine).



Ensuite, vers la fin de l'année 1946, Mark Rothko commence la peinture abstraite avec la collection des Multiformes. Au début, l'empilement des formes reste dense et anxiogène mais en 1946, la composition est définie : les couches sont plus fines et les toiles plus hauts. C'est finalement en 1949 que Mark Rothko commence à peindre ses rectangles superposés dans des tons lumineux et translucides.




Dans une suite chronologique, en 1950, les productions de Mark Rothko se font reconnaître avec ses quelques rectangles colorés qui se superposent. Avec une variation infinie de tons et de tailles, les tableaux dégagent un sentiment d'apaisement et constituent un repère dans ce monde en reconstruction. Mark Rothko affirme rechercher la lumière . Les formats de tableaux ne cessent de s'agrandir jusqu'à nous dominer !
" J'ai emprisonné la violence la plus absolue dans chaque centimètre carré de leur surface"
Mark Rothko
A partir de 1956 les couleurs s'assombrissent et les formats continuent à évoluer. Dans la cinquième galerie, les Seagram Murals ainsi que les œuvres de la "Rothko Room" de la Tate à Londres et les Blackforms sont présentés.
En 1958, Mark Rothko accepte la commande d'une série de peinture destinées à un nouveau restaurant japonais du gratte ciel de Mies van der Rohe, le Seagram Building. Enthousiaste à l'idée d'avoir la maîtrise d'une salle entière, il va chercher à créer une œuvre ou architecture et peinture seront indissociables. Il acquiert un nouvel atelier et dispose un échafaudage de la taille du restaurant. Mark Rothko restreint sa palette à deux couleurs et privilégie les formats horizontaux. Ainsi, les tableaux semblent s'étirer, contrastants avec les formes fermées des tableaux verticaux. Aussi, les tableaux devaient être accrochés assez haut, pour rester visibles derrière les clients du restaurant. Pourtant, après avoir travaillé plus d'un an sur cette commande, le peintre résilie le contrat de la commande. En effet, il estime que le lieu ne correspond pas à l'esprit du projet. Le peintre américain va donc faire don de neuf de ces tableaux à la Tate. Les œuvres arrivent à Londres le jour de sa mort et sont affichées, avec des directives précises, dans la "Rothko Room".

Dans la suite des Seagrams Murals, l'artiste expérimente la capacité des tableaux sombres, voire monochrome, à générer leur propre lumière. Les Blackforms sont donc constituées de noir, brun, rouge et violet. Ces tableaux nécessitent l'accommodation de l'œil pour alors se révéler pleinement.



Dans la septième galerie, ce sont les œuvres de la "Rothko Room" de la Phillips Collection qui sont présentées. Les couleurs vibrantes et l'effet de sfumato (lorsque les couleurs se fondent) témoignent de la période classique. Mark Rothko exigeait que ces œuvres là soient accrochées proche de sol et sous un éclairage tamisé. Le peintre rajoute une bande blanche, envoûtant l'œil du spectateur et incitant à la contemplation. La "Rothko Room" était la seule salle ouverte au public du vivant du peintre. Duncan Philips, fondateur de la Phillips Collection, déclare que ces œuvres lui procurent un "bien-être soudain assombri par un nuage".


Dans les années 60, Mark Rothko continue à réaliser des tableaux individuels. Il déclare que chacun d'eux propose une expérience immersive, à travers un "état d'intimité". Le spectateur est donc un co-créateur de l'œuvre : nous sommes invités à "prendre le risque" et à "entreprendre le voyage", au risque de "passer réellement à côté de l'expérience essentielle du tableau". Des couleurs comme le rouge, marron et noir prennent une nouvelle ampleur. Associés à un bleu foncé, le tableau est comme illuminé.


Finalement, la série de Black and Grey, 1969-1970 est signée Mark Rothko et nous les reconnaissons grâce à ses deux rectangles mais se distingue de toutes les collections précédentes par la répétition d'une même structure et des mêmes couleurs. Chaque œuvre est constituée d'un rectangle noir dans la partie supérieure et d'un deuxième rectangle gris dans la partie inférieure. Les deux rectangles sont séparés par une ligne blanche et les bordures sont strictement délimitées par du ruban adhésif. Ces tableaux ont souvent été rapportés à aux maladies de Mark Rothko et à son état dépressif. Avec une vision plus contemporaine, on pourrait les associer au minimalisme. Giacometti a longuement inspiré Mark Rothko, c'est pourquoi, la sculpture Grande Femme a été mise au milieu des peintures. Mark Rothko se sentait proche de lui, il se sentait notamment proche de ses couleurs. C'est pourquoi les tableaux de Mark Rothko auraient dû être présentés à proximité de Giacometti. Ces tableaux semblent donc être une commande monumentale, par l'Unesco pour son nouveau siège parisien. Mark Rothko continue donc de travailler sur cette collection jusqu'à sa mort, en 1970.

